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Interview de Siegfried Burgeot - CRIJ Poitou-Charentes

Témoignage 05 mai 2012 par L'équipe Solidatech
« On a construit notre présence numérique en tenant évidemment compte de l'évolution des pratiques et usages chez les jeunes. On sait que 90% d'entres-eux vont d'abord "Googler" leurs questions plutôt que d'aller physiquement dans un PIJ ou un BIJ. Le challenge pour nous c'est donc de bien structurer notre système d'information pour que notre portail puisse être parmi les premiers consultés, grâce au référencement naturel. »

Bonjour Siegfried, tu es le Chef de projet "Système d´informations" du CRIJ Poitou-Charentes, est-ce que tu peux nous resituer les champs d'intervention de ton association ?

La mission principale du CRIJ c'est de donner la meilleure information, de qualité, à tous les jeunes de Poitou-Charentes. Tous ces points constituent le fondement même de notre travail et induisent obligatoirement une approche collaborative très forte avec l'ensemble de notre réseau et de ses partenaires sur le territoire.

Quand on parle "d'informations" ça paraît à la fois très large et très vague. Est-ce que cela signifie que vous devez avoir réponse à tout ?

 

Les locaux du CRIJ à Poitiers

Complètement! Mais attention ça ne veut pas dire qu'on peut répondre à tout tout de suite. On a deux options quand on nous pose une question: soit on a la réponse soit on ne l'a pas. C'est vrai qu'il y a des questions récurrentes dont les réponses sont connues et recensées car les jeunes ne s'adressent pas non plus à nous pour tout et n'importe quoi. Mais il y a toujours des questions pour lesquelles nous n'avons pas de réponse immédiate et c'est aussi ce qui fait l'intérêt de notre travail. J'ai un exemple très parlant pour illustrer ça et il a l'avantage d'être véridique : comment veux-tu répondre immédiatement à un jeune qui vient te voir et te demande "comment on fait pour devenir jockey ?" ! Quand on ne sait pas on fait appel à notre réseau pour apporter la meilleure information puis la localiser. Il est rare que nous ne puissions pas fournir d'information et cela s'explique aussi par les recensements réguliers que nous faisons concernant les besoins des usagers. Lorsque certaines questions ne trouvent pas de réponses, nous les abordons en équipe pour trouver des partenaires susceptibles d'avoir la bonne information.

Alors quand tu parles de recensement, tu parles en fait de base de données ? Est-ce que ces données sont partagées, disponibles en ligne ? Avec quelles entrées ?

On a choisi de diviser nos informations en 9 grands thèmes : métiers, formation continue, formation initiale, emploi, santé, loisirs, vie pratique, mobilité internationale et lieux d'accueils. Toutes les réponses aux questions courantes sur ces thématiques sont recensées en backoffice et seront accessibles en ligne pour tous d'ici fin 2012. Il s'agit effectivement de données publiques puisqu'elles ont été collectées par des acteurs comme nous, majoritairement financés par les collectivités. Attention, le but pour nous ce n'est pas de dématérialiser notre service car le conseil et le contact restent indispensables dans un grand nombre de cas. On a construit notre présence numérique en tenant évidemment compte de l'évolution des pratiques et usages chez les jeunes. On sait que 90% d'entres-eux vont d'abord "Googler" leurs questions plutôt que d'aller physiquement dans un PIJ ou un BIJ. Le challenge pour nous c'est donc de bien structurer notre système d'information pour que notre portail puisse être parmi les premiers consultés, grâce au référencement naturel. On a donc passé beaucoup de temps à travailler sur les balises, à booster le page rank grâce aux réseaux sociaux et aux partenariats avec d'autres site, mais aussi et surtout en formant notre réseau à l'édition web.

Est-ce une approche commune à tout le réseau Information Jeunesse ? J'imagine que vous vous appuyez également sur le réseau national pour récupérer des infos ?

C'est effectivement le fonctionnement que nous avions auparavant mais nous l'avons depuis complètement modifié. Le CRIJ Poitou-Charentes à son propre système, indépendant du national, c'est un Système Local d'Information Partagée (SLIP) auquel l'ensemble des PIJ et BIJ de la région peuvent, et même doivent, contribuer. Chacun de leurs sites est une branche du nôtre et reprend une partie de notre contenu auquel sont ajoutées des données locales. Nous partageons donc tous la même base de données, ce qui évite de ressaisir les contenus, y compris pour les applications mobiles que nous avons créées.

Voilà une approche plutôt innovante! Tu peux nous en dire plus sur ces applis mobiles ?

 

 

C'est un projet d'une année qu'on a pu réaliser car il a été sélectionné dans le cadre du label Proxima Mobile mis en place par la Délégation aux Usages de l'Internet (DUI). Pour nous l'objectif était là-encore de nous adapter aux nouvelles pratiques des jeunes et on sait qu'ils sont parmi les premiers consommateurs de l'internet mobile. Le défi n'a pas vraiment été technique mais bien structurel, la difficulté étant de faire produire l'info par notre réseau tandis que les développements techniques étaient quant à eux confiés à un prestataire spécialisé. On a donc travaillé sur la constitution d'une charte éditoriale et on continue de se rencontrer régulièrement pour bien encadrer la production de contenus.
Notre application nommée "Pour les jeunes" (comme notre portail internet) peut aujourd'hui être utilisée sur Iphone/Ipad, ainsi que sur les smartphones Android et même sous forme de WebApp. C'est d'ailleurs sous cette dernière forme qu'elle est la plus utilisée car les jeunes y arrivent automatiquement dès qu'ils consultent notre site à partir de leur mobile. L'appli propose en permanence une centaine d'actualités mises à jour par ordre chronologique (les plus anciennes étant remplacées au fur et à mesure par les plus récentes), ainsi que des moteurs de recherche de jobs et de logements avec des fonctions de géolocalisation. Avec 200 téléchargements sur l'AppleStore, elle est encore loin d'avoir atteint son plein potentiel car nous devons faire plus d'efforts de communication pour la faire connaître à nos publics. Du point de vue du CRIJ, on peut quand même constater qu'elle a apporté des bénéfices en matière de com institutionnelle, notamment grâce à l'élargissement de notre cercle de partenaires pour nourrir le système de géoloc.

C'est une approche très innovante qui semble malgré tout assez singulière pour le secteur. Dans la liste des canaux de communication particulièrement adaptés au public jeune, tu disais que vous utilisiez également les réseaux sociaux. Comment ?

On a environ 2500 amis sur Facebook et presque 300 abonnés sur Twitter et on est justement en train de revoir notre stratégie sur ces outils. Jusqu'à maintenant on diffuse toutes nos actus sans sélection particulière, c'est un peu trop sauvage et c'est plus une approche type "flux RSS" qui n'exploite pas vraiment les outils à leur plein potentiel. A l'avenir on voudrait travailler plutôt sur des pages thématiques (jobs, logement, formation, etc.) et avoir beaucoup plus d'interactions avec les jeunes en posant des questions aux fans/abonnés de ces pages. Là on n'est plus vraiment dans l'ère web 2.0, mais vraiment dans l'ère du web instantané, en incitant les usagers à produire eux-mêmes le contenu.

Donc on a compris que l'application mobile et les réseaux sociaux sont des composantes du système d'information global du CRIJ. Ce système vous en faites quelle analyse après quelques années d'existence ?

Comme tu le disais tout à l'heure, on a peu d'éléments de comparaison avec ce que peuvent faire d'autres acteurs parce qu'on est dans une démarche assez particulière. Même au sein du réseau Information Jeunesse, chaque CRIJ répond à des besoins différents en fonction de son territoire et de ses objectifs. On a quand même quelques données, notamment des statistiques de fréquentation. Le S.L.I.P en chiffresEn 2011 notre portail a reçu plus de 200 000 visiteurs uniques contre 130 000 pour le site du CRIJ de Haute Normandie, les deux régions comptant à peu près le même nombre d'habitants. 200 000 visiteurs c'est aussi 50% de plus par rapport à la fréquentation de notre site il y a deux ans. On pense donc que l'impact est globalement positif.

 

 

Au niveau qualitatif et du point de vue interne on constate également que l'outil nous a énormément apporté concernant l'animation du réseau. C'est un vrai levier qui permet d'impliquer un plus grand nombre de collaborateurs et de partenaires dans la création des contenus, ce qui n'est jamais évident. On en est donc plutôt content, même s'il y a encore beaucoup d'améliorations à apporter.

Peux-tu enfin nous dire deux mots sur les autres pratiques numériques au sein du CRIJ, par les usagers par exemple ?

On a 6 postes connectés à internet en accès libre avec un accompagnement minimum et ponctuel. On est là pour filer un coup de main si besoin mais on ne fait pas de la formation pour de la rédaction de CV ou de lettre de motivation par exemple. On le faisait avant mais on a arrêté parce qu'on a subi une importante baisse d'effectif et parce qu'on considère que ce n'est finalement pas notre coeur de métier. Nous ne sommes pas un EPN, mais ça ne signifie pas que nous ne pouvons pas accueillir des activités autour du numérique. On le fait en partenariat avec des associations résidentes, notamment les Petits Débrouillards avec qui nous travaillons sur différents projets comme la mise en place d'un Fab-Lab. L'idée pour nous est d'animer le CRIJ et de créer du lien à travers ces activités.

Merci Siegfried pour cet échange qui donnera surement plein d'idées aux acteurs du secteur jeunesse!

Propos recueillis en mai 2012 par Vincent Blanchard, ancien responsable du programme Solidatech.

 

En savoir plus :

Le site internet du CRIJ Poitou-Charentes

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